La critique

Troisième et dernier épisode de la saga, «Matrix Revolutions» conclut avec plus ou moins de brio l'une des trilogies les plus marquantes du cinéma de science-fiction. Pour leur quatrième film, les désormais frères et sœurs Wachowski nous offrent la conclusion de leur voyage philosophique et futuriste.

Ce troisième épisode reprend là où « Matrix Reloaded » avait abandonné l'histoire. C'est ainsi que l'on retourne dans le vaisseau crasseux de Niobe, à bord duquel l'agent Smith a réussit à entrer. L'histoire de « Matrix Revolutions » reprend les codes du deuxième épisode qui avait laissé une petite déception et qui était parfois incompréhensible et trop compliqué.

Matrix Revolutions
Matrix Revolutions

Un petit gâchis scénaristique

Et une fois de plus on a l'impression que les réalisateurs sont retombé dans leur travers. Le film est assez brouillon au niveau du scénario, on ne comprend pas tout et il est difficile de s'identifier aux personnages tels qu'ils soient. Les enjeux ont du mal à être retranscrit et véritablement saisis et le fait d'avoir pas mal de personnages inutiles ou sous-traités accentue cette impression d'ambition futile que je qualifierais de trop plein, trop creux.

Malgré ce sentiment d'inutilité de certains protagonistes (le jeune approvisionneur de munitions qui devient dans un élan patriotique bourré de clichés, le héros de Zion ; ou encore Niobe et son interprète totalement à côté de la plaque), on passe un très bon moment devant ce film aux répliques toujours aussi philosophiques et originales concoctées par les Wachowski. Pourquoi toujours autant de plaisir ? Sûrement du fait que les scènes d'action sont toujours aussi impressionnantes. Outre un final grandiose mais inégal dont je parlerais un peu plus loin, on retrouve une fameuse scène de fusillade à la manière de celle située à la fin du premier épisode de la saga. Trinity, Morpheus et Séraphin font le ménage chez le Mérovingien. Cependant, c'est surtout le combat inédit entre les hommes et les sentinelles qui passionne même si là encore les humains ne sont pas trop dans nos cœurs de spectateurs car sous-exploités et réduit au rang de soldats seulement bons à faire la guerre. Mais enfin les combats sont là et ils font rage. Inégaux, impressionnants, réalistes et surtout démesurés, ces affrontements machines contre machines sont totalement immersifs dans un spectacle meurtrier.

C'était inévitable...

Le point culminant de toutes ces scènes de gunfight ou d'arts martiaux mixtes, est sans aucun doute ce final épique et inévitable. Et pourtant là encore on a un léger goût amer. Le décor est superbe, l'ambiance magnifique, la foudre électrisante sur une teinte verte, la pluie s'écrasant sur le sol déjà recouvert par l'eau et le début du thème « Navras » si percutant. Seulement les Wachowski ne nous en font pas assez profiter. Non content d'avoir posé un décor parfait, un ring de box urbain entouré de supporters clonés, les réalisateurs décident de tout casser pour filmer leurs (super) héros s'affronter dans les airs. Le choix paraît aberrant, on a tellement éprouvé de plaisir à contempler les coups et les esquives filmés au ralenti sur ce tableau vert magnifié par la pluie incessante.

Malheureusement et à mon grand désarroi, le combat tombe dans le laborieux à cause de cette répétition de combat dans les airs. L'affrontement devient très long, on a droit à des effets spéciaux parfois très douteux mais gigantesques pour l'époque (le poing de Néo qui traverse les gouttes d'eau pour se loger dans la joue de l'agent Smith, alors que les deux personnages ressemblent à des protagonistes de jeux vidéo) et tout cela se termine sur une note à peine dramatique. Dommage car de l'émotion aurait été bienvenue pour cette fin de saga.

Tout ce qui a commencé doit finir

Malgré ces nombreux petits dérangement, le dernier-né des Matrix se dédommage rapidement grâce à un casting dans l'ensemble très bon, et à une technique (presque) toujours irréprochable. On retrouve ainsi notre trio génial Reeves-Fishburne-Moss dans leurs rôles respectifs de Néo, Morpheus et Trinity. Les trois personnages sont toujours assez intéressants même si comme dans le second opus, le rôle de Morpheus a perdu de l'importance pour laisser place à la romance entre Néo et Trinity. Un amour pas toujours très subtil ni très crédible et auquel on a un peu de mal à croire. Je ne comprendrais une fois de plus pas les Wachowski sur ce coup-là. L'amour n'a pas sa place dans ce monde difficile, froid et cruel. Bref, passons pour parler un peu des autres têtes à commencer par l'excellent Hugo Weaving dans son rôle de l'agent Smith. Assurément l'un des méchants les plus marquants de l'histoire du cinéma. Cynique, intelligent, tyrannique et sans pitié, Smith fascine de par sa froideur et de par ses convictions. Derrière ce quatuor magique hélas, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Comme je le disais l'interprète de Niobe en l'occurrence Jada Pinkett Smith, a été des plus mauvaise. Un manque de crédibilité flagrant. Pour le reste on retrouve beaucoup de seconds rôles inutiles.

Côté effets spéciaux, le film de Lana et Andy Wachowski se sublime. Pour la plupart réalistes(sauf quelques scènes comme le fameux coup de poing au ralenti cité plus haut) et visuellement extraordinaire, les effets spéciaux sont clairement l'une des grandes forces du film. L'utilisation de câble pour exécuter les chorégraphies est quelque chose de très judicieux. Cela rend les fusillades immersives et sans trop d'effet numérique disgracieux comme on peut voir dans les films très récents. Couplés à une mise en scène efficace, ces effets spéciaux rendent le film visuellement extraordinaire.