La critique

Après avoir mis en scène Javier Bardem dans « Biutiful », le talentueux réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu se charge de relancer la carrière bouleversée de l'acteur Michael Keaton dans son dernier petit bijou, « Birdman ». Alors asseyez-vous, ouvrez les yeux et pénétrez le monde difficile de Riggan Thomson super-héros déchu.

Plusieurs points essentiels au film sont à aborder ici. « Birdman » est d'une richesse considérable, tant du point de vue du scénario, du casting, de la mise en scène, ou bien simplement du plaisir incroyable que l'on éprouve à regarder cette œuvre si puissante.

Birdman
Birdman

Un long vol vers les oscars

En course pour les oscars de dimanche prochain dans la catégorie du meilleur film notamment, le film d'Iñárritu peut déjà se vanter d'avoir une histoire passionnante de bout en bout et sans le moindre petit temps mort. Le réalisateur nous introduit à l'intérieur d'un théâtre pendant près de deux heures. Le terme huis-clos n'est peut-être pas approprié pour « Birdman » à proprement parler mais il faut quand même reconnaître que l'on sort peu de l'enceinte du théâtre. Paradoxalement quand Iñárritu décide de nous faire prendre un peu d'air frais, ce que l'on veut c'est y retourner. Reparcourir les coulisses et reprendre une petite leçon de jeu théâtral donné par les différents acteurs du film sur lesquels nous nous arrêterons plus tard. Néanmoins ces scènes extérieures sont un peu le retour à la réalité à la fois pour le personnage principal Riggan, mais aussi pour le spectateur pris à la gorge par la crédibilité et le réalisme de la pièce de théâtre.

Psychologie et comédie

Plus que le décor particulier du film, ce sont les enjeux et les thèmes abordés qui plaisent au spectateur. « Birdman » est une hymne à la déprime, à la vie qui ne vous épargne jamais, toujours plus réaliste et dure. La non-réussite personnelle mais aussi professionnelle, les rêves et les troubles psychologiques qui en découle, sont autant de sujets abordés parfois de façon dramatique, et d'autres fois de façon comique. La presse et plus particulièrement la critique y sont aussi beaucoup attaqués pour leurs demande constante d'originalité et leur quête du réalisme à toute épreuve. « Birdman » dénonce le monde moderne, l'exigence toujours plus croissante du public, de la presse et la tension que cela provoque du côté des producteurs. Des producteurs qui finissent par tomber fou devant de telles requêtes et devant le peu de reconnaissance pour leur travail accompli avec leur équipe. « Birdman » fait réfléchir et à l'occasion vous fait éprouver de la culpabilité. Coupable d'être si exigeant avec les films de cinéma ou bien avec les pièces de théâtre. Dernier aspect très important du film, le dédoublement de personnalité de son personnage principal. Un côté schizophrénie amené avec parcimonie et originalité (une voix dans la tête, un grand délire dans la rue où le héros du film Birdman apparaît enfin alors que nous l'attendions depuis très longtemps).

Tous ces thèmes sont subtilement amenés à travers différents personnages campés par des acteurs et actrices géniaux. Le casting régale véritablement. A commencer par Michael Keaton dans le rôle principal. L'acteur ne peut pas mieux porter un personnage avec lequel on peut lui trouver des similitudes. Comme Riggan Thomson, Michael Keaton a joué un super-héros, en l'occurrence Batman pour Tim Burton. Un rôle qu'il a tenu durant deux films et pour lequel l'acteur est connu du grand public. Après Batman, Keaton ne s'est jamais vu offrir de grands rôles mais est apparu dans plusieurs films en personnages secondaires. Keaton est peu à peu tombé dans l'oubli, c'est pourquoi ce rôle lui va parfaitement bien. Au-delà de ces similitudes évoquées, la performance est à saluer. Constamment crédible, touchant et plein de maîtrise, l'acteur mérite amplement sa nomination aux oscars pour la statuette du meilleur acteur. Autre membre du casting, on citera l'incroyable retour en force là aussi d'Edward Norton. Une prestation divine. Quant aux autres je ne vais pas m'attarder trop dessus bien que chacune des prestations d'acteurs ait été crédible et parfois géniale. Je pense notamment à Naomi Watts mais aussi à Emma Stone ou encore Zach Galifianakis dans un rôle sérieux pour une fois.