La critique

Clint Eastwood adapte à l'écran le livre de Chris Kyle, membre des Navy Seals durant dix ans (1999-2009) dans son film nommé aux oscars : « American Sniper ». Reparti globalement bredouille de la cérémonie(un seul oscar, celui du meilleur montage sonore), le film d'Eastwood a suscité et suscite encore la controverse. Voyons si cet échec aux oscars est logique malgré des recettes énormes de l'autre côté de l'Atlantique (plus de 300M$ déjà récoltés).

La légende américaine Chris Kyle était jusque-ici totalement inconnu pour moi(et je pense ne pas être le seul). Vétéran de la guerre d'Irak, le sniper aux 160 victimes sera désormais mondialement connu grâce au film qui met énormément l'accent sur son protagoniste héroïque.

American Sniper
American Sniper

Trop loin du livre

Sur la forme, « American Sniper » n'est qu'un vulgaire énième film de guerre comme on a pu en voir beaucoup à Hollywood. Récemment, Peter Berg mettait en avant l'opération Red Wings dans « Du Sang et des Larmes », film en demi-teinte. Un cran au-dessus et quelques années avant, on pouvait voir le surestimé « Démineurs » de Kathryn Bigelow qui nous faisait vivre le quotidien de démineurs en Irak mais sans jamais nous transcender. Deux films loin d'être parfait. La faute à quoi, dans un cas le manque de réalisme criant et le patriotisme trop présent, dans l'autre un scénario répétitif étalé sur deux heures qui finissent par ennuyer. Si Kathryn Bigelow a réitéré et raconté la traque de Ben Laden dans « Zero Dark Thirty », film que je n'ai pas vu, il faut quand même admettre qu'il manque quelque chose aux films de guerre de ces dernières années. C'est dans ce contexte qu'Eastwood sort lui-aussi son film anti-terroriste et patriotique. Le réalisateur commet d'ailleurs les mêmes erreurs que l'on peut voir dans les films précédemment cités.

Si on veut parler du scénario d' « American Sniper » on dira honnêtement et sans aller par quatre chemins qu'il n'est pas complètement au point. Adaptation du livre de Chris Kyle, l'histoire nous passionne mais reste quand même beaucoup trop prévisible et comme pour « Démineurs » avant lui, « American Sniper » se répète inlassablement. Les soldats américains sont envoyés au front, les convois sont attaqués lorsqu'ils traversent des zones urbaines, du tir de sniper, du tir de sniper et encore du tir. Pour boucher les trous on fait entrer un bouché, tiens donc. Un chef-terroriste pris au hasard pour mettre en place une soi-disante chasse à l'homme et surtout pour avoir des assauts au sol qui auraient cruellement manqué au film de notre cher Clint. Pour le reste notre soldat américain fait ce qu'il sait faire, tirer avec son gros Baretta. Pour finir de bâcler le scénario, l'équipe du film a eu la bonne idée de provoquer un duel de sniper. Le dernier assaut en Irak vire au 1vs1 sur Call of Duty et fait remonter de douloureux souvenirs d'un duel similaire au cinéma (Jude Law vs Ed Harris dans « Stalingrad »). Mais là n'est pas l'essentiel.

Soldat, victime de l'Amérique

Si l'histoire porte donc à confusion et qu'elle s'est beaucoup trop éloignée de celle décrite dans le bouquin de la légende (les scénaristes se sont permis d'inventer la moitié du film comme le duel entre les deux snipers, la façon dont Kyle a intégré les Seals, etc...), Clint Eastwood compense ces lacunes grâce à son personnage torturé, meurtris et blessé par la guerre. C'est pourquoi les scènes où Chris Kyle rentre chez lui sont simplement les meilleures du film. Eastwood nous décrit l'état d'esprit des soldats revenant du front. Le réalisateur nous dépeint une guerre inutile n'apportant que souffrance et incompréhension. Les conséquences en sont d'ailleurs terriblement dramatiques puisque l’Amérique finit par s'auto-tuer dans un élan de folie résultant des atrocités du conflit. Eastwood prend des risques mesurés pour faire la satire de cette guerre qui n'apporte que la mort et qui fabrique des héros à jamais traumatisés. Des héros qui ne recevront aucune aide de leur pays à leur rentrée. Une Amérique sans reconnaissance.

Pour camper le rôle de Chris Kyle, le réalisateur a fait le choix de Bradley Cooper. Un choix qui s'avère payant puisque l'acteur est totalement crédible et véhicule un paquet d'émotions. Il a d'ailleurs obtenu une nomination aux oscars. Ensuite on retrouve Sienna Miller dans le rôle de Taya Kyle. L'actrice est assez impressionnante et nous convainc sans mal. A suivre dans ses prochains rôles. Enfin on retiendra les apparitions de Luke Grimms et Jack Mcdorman même si leurs rôles sont plutôt secondaires.