La critique

Troisième long-métrage du sud-américain Neill Blomkamp après « District 9 » et plus récemment « Elysium », « Chappie » sort dans les salles en ce début d'année 2015. Alors que son réalisateur évoque son « Elysium » comme un échec scénaristique(bien à lui de le reconnaître), Blomkamp revient à ce qui le passionne inévitablement depuis trois films, la science-fiction. « Chappie » s'inscrit donc dans la continuité de la carrière d'un réalisateur qui avait agréablement surpris avec son « District 9 ».

C'est justement avec ce dernier que « Chappie » partage de nombreux points communs. Désireux de vouloir recréer l'exploit de « District 9 », Blomkamp reprend les codes de son film pour les réinjecter non plus dans une odyssée alien mais dans le domaine robotique et plus particulièrement dans le thème de l'intelligence artificielle.

Chappie
Chappie

Un futur très très proche

L'histoire suit donc Chappie, un petit robot attendrissant, naïf mais très intelligent dans une Afrique du sud toujours aussi grise et peu accueillante. Créer et élever par Deon et un couple de malfrats, « Chappie » va découvrir le terrible monde qui l'entoure, celui des humains. Un monde qu'il devra apprivoiser et dans lequel il devra se fondre pour vivre sa vie malgré la menace qui pèse sur lui.

Comme on peut le remarquer, Neill Blomkamp revient aux sources avec son dernier long-métrage. « Chappie », un film aux multiples sujets et enjeux tous très intéressants et pas si futuriste. Outre l'intelligence artificielle et la conscience, sujets principaux du film, on retrouve plusieurs thèmes qui font la particularité de l'humanité. Ainsi Blomkamp nous touche un mot sur l'immortalité, la pauvreté, l'éducation de la jeunesse, l'évolution technologique et la menace qu'elle présente. Le réalisateur réunit tous les thèmes qui lui sont chers dans un seul film qui finit malheureusement par en souffrir. Etalé sur une durée de seulement deux petites heures, « Chappie » tente de tout expliquer, mais ne parvient qu'à effleurer la plupart des sujets dont il traite. C'est ainsi que l'on aurait aimé avoir une réflexion plus forte sur les problèmes posés par cette nouvelle intelligence artificielle que représente Chappie. Idem pour la transmission de conscience d'un corps à un autre qui est traitée un peu à la légère alors qu'elle aurait méritée d'être approfondis. Hélas Blomkamp n'a pas beaucoup de temps avec son dernier film, et cela se ressent.

De l'émotion véhiculé par une machine vivante

Malgré quelques petits défauts évidents qui n'empêchent pas de suivre agréablement le récit de cette histoire plutôt originale, on passe un excellent moment devant « Chappie ». On trouvera par exemple beaucoup de similitudes avec « District 9 ». L'humanité y est beaucoup critiquée pour son immoralité, son manque de cœur et de pitié. L'humain y est (pour moi) dûment représenté. Comme pour « District 9 » et la maltraitance des aliens, Chappie subit les sévices de ces ravisseurs humains décérébrés. C'est dans ce contexte parfois violent que le personnage prend tout son sens. Cette victime de notre peuple nous attendris, nous rend triste devant tant de violence à son égard et finit même par nous émouvoir. Chappie est attachant, drôle, intelligent et porte le film à lui tout seul. Lui-seul compte, les humains nous révoltent même s'ils sont parfois bons(Deon, le créateur de Chappie). Nul doute que le personnage est la plus grande réussite du film.

On peut d'ailleurs crier, « heureusement que ce personnage est là ». Heureusement. Il faut dire qu'à part Deon campé par un bon Dev Patel qui prend plus d'ampleur vers la fin, le spectateur n'a pas grand monde à qui s'attacher. Entre le couple de gangstas haut en couleur et parfois assez affligeant et un méchant très très mauvais, on est plutôt mal servi. Hugh Jackman dans le rôle de ce dernier est d'une médiocrité incroyable. Totalement à côté du rôle, l'acteur cabotine pour nous proposer un personnage énormément stéréotypé(ancien marine militant contre l'évolution de l'intelligence artificielle et qui désire éliminer la racaille grâce à son nouvel engin nommé l'Original). Au-delà de la prestation, il faut aussi citer la silhouette de l'acteur qui est absolument à vomir. Les cheveux coiffés d'une façon douteuse et la tenue d'Hugh Jackman n'arrangent pas du tout son personnage déjà inintéressant au possible. Pour ce qui est du couple de gangstas, parents de Chappie, ils sont interprétés par les deux membres du groupe de musique sud-africain Die Antwoord. Si leur style musical colle bien au film, il en est presque de même pour leur personnage. Tantôt exaspérant tantôt touchant, le duo finit par mettre d'accord malgré les grosses réserves que l'on pouvait avoir. Quant à Sigourney Weaver, elle apparaît brièvement sans jamais pouvoir se montrer, la faute à un rôle beaucoup trop secondaire.