La critique

Alors que l'on n'avait pas vu Michael Mann aux manettes d'un film depuis un bout de temps (« Public Ennemies » en 2009), le réalisateur originaire de Chicago revient avec son dernier film porté sur le sujet du hacking. Un sujet que Michael Mann traite à sa manière et d'un point de vue bien particulier.

De son vrai nom Blackhat, le film de Mann nous présente une histoire sur fond de hacking. Cette histoire, c'est celle de Nicholas Hathaway, ancien prisonnier devenu policier grâce à son ancien colocataire et ami Chen Dawai. Hathaway et Dawai doivent se mettre sur les traces d'un hacker qui a piraté une centrale nucléaire, mais qui a aussi provoqué l'inflation des cours du soja en infiltrant le système du Mercantile Trade Exchange de Chicago.

Hacker
Hacker

L'humanité aujourd'hui selon Mann

Ce scénario auquel on pouvait s'attendre, n'est pas le point clé du film de Michael Mann. Alors que l'on nous présente Blackhat comme un film porté sur le piratage de données, Michael Mann fait quelque chose de tout autre. Son hacker n'a pas le moindre intérêt et ceux qui s'attendaient à des problématiques sur cette pratique devenue courante seront clairement déçu. Non Michael Mann ne parle pas du hacking qui est d'ailleurs assez mal représenté dans le film(une personne avec un minimum de connaissances informatiques pourra rire aux éclats), mais plutôt du monde qui entoure cette pratique. Le réalisateur fait un film sur l'humain et le rôle qu'il a à jouer dans le cyberterrorisme. C'est pourquoi ce sont bien les relations humaines qui sont mises en avant dans « Hacker » et non le principe même du hacking qui est surtout présent dans la première moitié du film avec une valse des flux.

Malheureusement, en voulant parler de l'humanité, Michael Mann a oublié qu'elle n'était pas seulement faites de préjugés et d'incohérences. Ainsi le réalisateur nous colle une histoire d'amour dont on se serait bien passé ou que l'on aurait pu apprécier si elle avait été un minimum réfléchit . Les personnages du film ne sont que des pions dans un jeu d'échecs, des pions auxquels il est quasi impossible de s'attacher. La perte de certains de ces pions dans le jeu ne donne alors pas la moindre émotion au spectateur. Si on peut regretter cet aspect du film de Mann, que de ne pouvoir s'attacher aux personnages, on peut saluer le fait que le réalisateur a un œil avertit sur le monde qui l'entoure. Le désintéressement du spectateur pour les différents personnages renforce le côté réel et contemporain du film. Dans notre monde actuel, la tendance veut que l'humain devienne de plus en plus solitaire, égoïste et éloigné des autres, et Mann l'a bien compris. Ainsi le réalisateur de « Heat » fait tomber ses pions mais jamais son roi, dans des élans de violence sans que le spectateur ne ressente la gravité de ces pertes pour la suite. Mann parvient à mettre la main sur un concept primordial de l'humanité du XXIe siècle. Une humanité qui se déshumanise en partit à cause des nouvelles technologies qu'elle possède. Des nouvelles technologies omniprésentes.

Mise en scène particulière et frénétique

Seulement le réalisateur voit plus loin puisque son discours pointe ensuite ces nouvelles technologies. Le final du film et la poursuite du hacker dans la foule apportent un thème essentiel et fondamental, « les conflits naissent entre les êtres humains et se règlent entre êtres humains ». Dans le monde de Mann, la machine, le digital, ne sont que des moyens pour l'être humain d'accomplir des actes criminels mais derrière l'utilisation de ces machines se cache une idée propre à l'humanité. Le conflit et la poursuite du criminel dans « Hacker » ne se font pas derrière un ordinateur, mais bien sur le terrain avec les armes à la main. Mais Michael Mann ne fait aucune concession. Ses personnages sont déshumanisés. Une particularité assez nouvelle chez le réalisateur quand on sait que « Heat » n'aurait jamais été le chef-d'oeuvre qu'il est s'il n'y avait pas eu son fabuleux côté familial et fraternel. Michael Mann innove et on peut lui reprocher, car en gagnant en crédibilité, il désarçonne son spectateur avec un film dénué d'émotions comme pouvait l'être déjà « Collatéral ».

Et ce n'est pas la réalisation du metteur en scène du « Dernier des Mohicans » qui ravira le public. Dans sa quête toujours sans concessions du réalisme, Mann nous donne parfois une petite envie de vomir. Cela est surtout valable pour la première moitié du film façonnée de manière très étrange. Action totalement illisible, des plans qui s'éternisent(la valse des flux informatiques) mais aussi des choix de cadre douteux. Mann coupe la tête de ses personnages au profit de gros plans incessants. Heureusement pour nous, cet aspect nauséabond disparaît à partir des premières fusillades. La caméra bouge beaucoup, ce qui donne plus du réalisme, mais cette fois-ci l'action reste bien lisible. C'est d'ailleurs ces scènes de fusillades magnifiquement orchestrées dont on se souviendra le plus. L'immersion dans les rangs de la police d'intervention dans le souterrain et les tirs qui s'ensuivent forment une séquence assez mémorable. La scène finale et plus encore le pseudo climax en pleine zone urbaine ravissent et rappellent même que l'on est en présence du réalisateur du divin « Heat ».