La critique

Premier film de Ryan Gosling en tant que réalisateur, « Lost River » nous emmène dans l'univers féérique de son créateur. Le film est un conte fantastique où s'entremêlent d'évidentes références cinématographiques.

Pour son « Lost River », Ryan Gosling se donne au public. Le réalisateur en dévoile beaucoup sur ses passions, sa vision sur le cinéma, et on sent que ses dernières collaborations lui ont apporté beaucoup. Gosling n'est pas un maître de la caméra mais comment pourrait-on lui en demander autant pour son premier film. Avec « Lost River », l'acteur et maintenant réalisateur nous transporte et nous fascine.

Lost River
Lost River

Entre rêves, contes et réalité

« Lost River » s'installe dans le cercle fermé des films inexplicables. Le scénario et plus particulièrement l'histoire se situe à la frontière du réel et du fantastique. Cette histoire originale au passage, envoie le spectateur dans un rêve éveillé fabriqué de la main de Ryan Gosling. Ce rêve est fascinant, rassurant parfois, effrayant d'autres fois et d'une beauté visuelle incomparable. Ce rêve, c'est l'histoire d'une famille tentant de survivre dans un monde où l'allégorie du monstre est omniprésente et où la crise économique sévit. « Lost River » décrit l'échec d'une mère et de son fils aîné dans leur vie rendu difficile par la malédiction qu'ils combattent chaque jour. Chacun des deux personnages a dans l'histoire un monstre qu'il doit vaincre pour pouvoir se libérer, s'émanciper de ce monde qui l'emprisonne.

Au-delà de son aspect fantasmagorique, « Lost River » fait preuve d'un côté très maternel. C'est comme si votre maman vous racontait l'histoire d'un monde merveilleux où sévissent des monstres à l'apparence humaine. Un monde brutal où la violence et le sexe ne sont que spectacle. Un monde où les personnages ne sourient pas, hantés par leurs peurs. Chacun d'eux porte d'ailleurs un sentiment humain très marqué. Ainsi Billy est l'aspect maternel alors que son fils Bones incarne le courage. D'autres personnages représentent eux le vice mais aussi la tyrannie et l’oppression. Ryan Gosling fait de ses personnages des idées. Des thèmes très généraux il en convient, mais pas moins important et brillamment soulevés. Le réalisateur parle avec son cœur dans cette histoire. Sa vision fantastique est intéressante même si elle manque parfois d'un peu de folie. Mais surtout, le réalisateur d'origine canadienne utilise ses références cinématographiques au service de son film et de son histoire, et non l'inverse comme on peut le lire dans beaucoup de critique, qu'elles soient des spectateurs ou de la presse.

Refn, Cianfrance, Lynch, parfait mélange ?

Oui les références sont très nombreuses. De ces collaborations avec Nicolas Winding-Refn il en ressort un aspect chromatique particulier et une violence volontairement montrée. La teinte violette qui accompagne l'ensemble du film est superbe. Pour les couleurs de son film, Ryan Gosling réutilise le superbe éclairage aux néons comme on pouvait le voir dans « Only God Forgives ». Une particularité qui ne plaira surement pas à tout le monde. Autre collaboration de Gosling, celle avec Derek Cianfrance. De cette collaboration Gosling récupère la façon de filmer et aussi la photographie particulière des films de l'américain. Ryan Gosling nous gâte avec des plans particulièrement beaux de par leurs couleurs originales dans l'esprit fantastique, et de par des mouvements de caméra appréciables. Des travellings pour suivre les personnages dans cette ville meurtrie ou pour filmer le peu de paysages qu'il reste dans le Détroit du canadien. Autre référence incontestable mais qui ne se limite pas à l'aspect graphique : le cinéma de David Lynch. Le monde du rêve, l'inexplicable, le fantastique, l'érotisme, les sens, que des thèmes chers au réalisateur de « Mulholland Drive » et « Lost Highway » entre autres. Comme Lynch, Ryan Gosling fait un film hypnotique, contemplatif, où les émotions sont mise en avant de façon constante. Ryan Gosling arrête sa référence là où Lynch poussait le rêve jusqu'au cauchemar (« Mulholland Drive », « Lost Highway » ou encore son dernier « Inland Empire ») pour finir sur une note plus réaliste, plus joyeuse mais pas moins géniale.

L'émotion comme mot d'ordre

Dans sa quête de l'émotion, de la beauté et des sens, Ryan Gosling décide de s'attacher les services de Johnny Jewel pour sa bande originale. Comme Refn avant lui, le Canadien mise donc sur les groupes du studio « Italians do it better ». Hormis les magnifiques thèmes composés par Johnny Jewel(petit faible pour « Underwater »), on y retrouve des morceaux de Chromatics, Glass Candy ou encore Desire. Le moins que l'on puisse dire c'est que l'ensemble nous transporte dans la féerie de ce conte incroyable. Johnny Jewel livre une partition exceptionnelle, bourré d'émotions et que l'on écoutera encore longtemps. Le morceau « Yes » de Chromatics est simplement magnifique, « Shell Game » sur la danse de Ben Mendelsohn marque un climax totalement sidérant de beauté sonore et Saoirse Ronan qui prête sa voix pour « Tell me », finira par pleinement vous satisfaire. Une bande originale aussi hypnotisante que le film lui-même.