La critique

30 ans. C'est le temps écoulé entre le dernier Mad Max et le retour de George Miller derrière la caméra pour reprendre sa saga. Remake des aventures de Max Rockatansky, « Mad Max Fury Road » était attendu au tournant grâce à une promo incroyable et des bandes-annonces démesurées qui mettaient en appétit. Voyons si ce qui était promis a été donné et si la nouvelle quête de rédemption de Max vaut la peine d'être vu.

Si Mad Max premier du nom instaurait une ambiance particulièrement punk dans un univers post-apocalyptique, Mad Max 2 n'était pas une suite au sens propre. Grande course-poursuite pour le pétrole, le deuxième épisode de la trilogie (maintenant quadrilogie) délaissait son personnage pour se concentrer sur l'action et la folie grandissante des protagonistes. Sans parler du « Dôme de Tonnerre » totalement raté à mon goût, on peut déjà dire que ce nouveau Mad Max s'apparente plus au deuxième épisode de la célèbre saga qu'aux autres.

Mad Max Fury Road
Mad Max Fury Road

De la fureur, de la folie, le sang coule

Max Rockatansky est un homme torturé par les images de son passé, sa femme, son enfant, les gens qu'il a laissé mourir alors qu'il était flic et faisait régner l'ordre sur les routes. Dans un monde de folie, où « seuls les fous survivent » Max est en quête de rédemption. Il fera malgré lui la rencontre des War Boys, dans une introduction jouissive posant le décor et l'ambiance furieuse du film. Guidés par leur chef Immortan Joe, les War Boys se lancent à la poursuite des femmes du tyran. Des femmes qui se sont échappées emmenées par Furiosa, elle aussi en quête de rédemption. La course-poursuite est lancée et Max prend place au milieu de cette folie. La journée s'annonce magnifique.

Comme je le disais plus haut cette histoire ressemble fort à celle de Mad Max 2 dans sa forme. Une longue course-poursuite, un long purgatoire. Une lutte non plus pour le pétrole, ressource devenue rare , mais bien pour la femme, ressource encore plus rare. Joyau indéfinissable gardé dans un coffre-fort, courageux, au visage délicieux et innocent, et qui réinvente le terme bad-ass, la femme est au cœur du nouveau Miller. Le réalisateur australien lui donne une place à part entière dans son monde de terreur.

Des femmes parmi une cohue de furieux

Ultra-branché féministe, « Mad Max Fury Road » est aussi marqué par un scénario pas révolutionnaire mais terriblement efficace. Miller reprend les codes de ses opus précédents, tout en rendant son objet hyper contemporain, toujours punk mais surtout encore plus déjanté, fun et attractif. Il y a peu de place pour les dialogues, les personnages sont des brutes sauvages, des êtres primitifs croyants et presque dénué de parole, et emmenés par un gourou à moitié humain. Malgré une ambiance grave, furieuse, folle, Miller trouve la bonne idée de placer quelques pointes d'humour pour faire respirer son spectateur.

Dans « Fury Road » on retrouve des personnages totalement cinglés et violents comme ils pouvaient l'être dans les précédents épisodes de la saga (mais en pire ici). Certains proviendraient presque des années 80, maquillés à outrance, plein de prothèses. L'enfant d'Immortan Joe rappèlerait presque Kuato du « Total Recall » de Paul Verhoeven, des personnages crasseux, lissés par la magnifique photographie et les prises de vue de l'équipe du film. Le Max de Tom Hardy n'est qu'une âme perdu et maudite qui veut éviter les enfers. L'acteur est d'ailleurs complètement dans son élément, bad-ass à souhait, une grosse brute au cœur presque tendre. Sa prestation est non sans rappeler celle des « Hommes sans Lois ». Les War Boys sont eux des êtres fous, guidés par leur croyance en leur père (Immortan Joe), personnage s'apparentant à un Dark Vador impitoyable. Ce sont ces mêmes War Boys qui rendent le film furieux, parfois imprévisible mais surtout terriblement jouissif. C'est d'ailleurs Nicholas Hoult méconnaissable dans le rôle de Nux qui nous fait comprendre qui sont véritablement ces hommes, crânes rasés et corps blancs. Et que dire des femmes dans ce casting? Charlize Theron redéfinit le terme bad-ass avec son crâne rasé, son maquillage noir et sa main mécanique. Les femmes sont en contradiction avec les hommes. Unies dans leur quête d'une nouvelle terre, ces femmes luttent pour leur droit, leur liberté et pour rompre leur ceinture de chasteté. Tels les mouvements activistes des femens, les femmes de « Fury Road » s'émancipent et combattent leur persécuteur.

Un régal pour les rétines et pour les tympans

On peut dire que c'est au niveau de la mise en scène que Miller a fait un progrès considérable par rapport aux autres opus de sa saga. Le réalisateur a donné un coup de jeune à son personnage en le laissant toujours aussi insociable et difficile à cerner. Le choix de Tom Hardy s'est d'ailleurs avéré payant, l'acteur étant particulièrement bon dans ce genre de rôle. Mais plus que ses personnages, Miller a remis en cause une grande partie de sa mise en scène pour nous proposer un opéra, un orchestre furieux, une épopée fulgurante d'explosions, de moments de bravoure et de folie pure. Ses plans sont justes incroyables et très réalistes et son sens de l'action lui permet de gaver le spectateur sans jamais le perdre. Tout reste toujours lisible malgré la surenchère, le bruit des tôles froissées et des membres arrachés. Le réalisateur nous offre même quelques plans-séquences assez divins. Au niveau du montage, Miller n'a pas autant cisaillé son film que les premiers Mad Max. Il montre encore son désir de rendre « Fury Road » contemporain tout en reprenant ses vieux concepts.