La critique

Tout premier film en tant que réalisateur pour Alex Garland, que l'on connaît notamment pour avoir élaboré le scénario de « 28 jours plus tard », « Ex Machina » sort sur nos écrans en ce printemps 2015. Voyons ce que le scénariste et réalisateur britannique nous propose pour son premier long-métrage.

Nouveau film traitant de l'intelligence artificielle, « Ex Machina » parvient à se démarquer de ce qui a pu être fait jusque-là. Porté par un scénario très intelligent et des personnages traités en profondeur, le film de Garland parvient à poser de très bons questionnements sur ces fameuses IA qui commencent à arriver dans notre monde. C'est ainsi que le film aborde plusieurs thèmes intéressants autour de sa réflexion.

Ex Machina
Ex Machina

Dieu créa la femme et Nathan créa sa forme évoluée

Claustrophobique tout en restant magnifique, « Ex Machina » aborde le thème de la manipulation. La manipulation entre des hommes (ici Nathan et Caleb) mais aussi entre une IA et un homme(Ava et Caleb). Si la première citée paraît presque évidente tout au long du récit, la deuxième se veut beaucoup plus intéressante, poussée et réfléchie. Avec une ambiance parfois dark  , des dialogues brutes et des visages souvent fermés, le film d'Alex Garland parvient à nous faire douter de chacun des trois personnages qui forme son trio infernal. Ce qui est un très bon point puisque le mystère entourant le dénouement du film reste longtemps entier.

Autour de cette manipulation qui finira d'ailleurs par bâtir une fin de film retournante et inattendu, se greffent d'autres thèmes particulièrement bien amenés comme la sexualité homme/machine et ce à quoi elle tend, ou encore le sentiment captivité. Dans « Ex Machina », la femme est présentée comme un objet de plaisir et de science en quête d'émancipation et de liberté. Cloîtrée, enfermée, violée puis tuée, les femmes d'Alex Garland sont des objets d'une plasticité magnifique mais aussi jetable que des Kleenex. Toutes ces idées rarement amenées dans les films d'anticipation récents(excepté  « Her » mais sous d'autres formes moins trash) rendent le récit passionnant, réaliste, brutal et décomplexé. Garland va bien au-delà des tabous qui auraient rendu son film trop lisse et moins percutant. « Ex Machina » fait réfléchir à un avenir plus proche que l'on ne le croit, et nous pose de vraies questions sur l'existence de telles machines et les conséquences qu'elles auront sur la vie de l'être humain.

De belles interprétations pour des personnages épais

Possédant une histoire mûrement réfléchie et des références marquées, « Ex Machina » plaît aussi grâce à ses personnages tous particuliers et traités de façon intelligente. Caleb en premier, campé par un excellent Domhnall Gleeson, est un peu le  « Candide » du film. Un homme qui paraît sensé et juste, mais trop naïf pour voir ce qui se trame dans la demeure de Nathan. Ses talents de développeur hors-pair sont mis face à ses agissements et le message(presque naïf) qui en ressort est « Il ne suffit pas d'être bon en code pour développer une IA, il faut pouvoir l'apprivoiser, la comprendre et l'aimer ». Et Caleb n'y est pas préparé, célibataire depuis un moment, le jeune homme va peu à peu tomber dans la toile dressée par Ava.

La désirable Ava. Son corps plastique qui s'apparente presque à un maquillage hommage au cinéma des années 80 mais remis au goût du jour. Ava, c'est le personnage le plus spécial, le plus difficile à cerner et le mieux interprété(la magnifique Alicia Vikander). Le spectateur ressentira un sentiment de dégoût pour Ava au début. Un corps à moitié humain, pas le moindre poil ou cheveux, Ava n'est pas familière à nos yeux. Mais ce qui est remarquable dans le film de Garland, c'est que notre point de vue va rapidement changer. Si l'on est rebuté par Ava au début, nos jugements et nos a priori vont disparaître au fur et à mesure des sessions de Caleb avec Ava. Notre regard change et rejoint très vite celui du développeur. Ava est captive, en quête de liberté, prisonnière du terrible Nathan.

Nathan, le « barbe bleu » du film de Garland. Façonneur de corps désirable, inventeur fou et inconscient, Nathan est le personnage détestable du trio. Primitif, malsain, pervers et alcoolique, Nathan sous les traits du génial Oscar Isaac, complète le cercle des principaux personnages.