La critique

Troisième long-métrage pour Pete Docter après les très appréciés « Monstres et Compagnie » et plus récemment « Là-Haut », « Vice Versa » tente de ramener Pixar sur le devant de la scène après trois films pas forcément convaincants.

Il faut quand même remonter à 2010 et « Toy Story 3 » pour retrouver un bon film d'animation Pixar (« Cars 2 », « Rebelle » et « Monstres Academy » étant des films sympathiques mais loin d'être au même niveau que les « Toy Story », « Wall-E » et autres). Voyons si les critiques de « Vice Versa » disent vrai. A-t-on retrouvé la magie qui opérait avant ?

Vice Versa
Vice Versa

Pixar is back ?

Basé sur un pitch solide, « Vice Versa » nous emmène donc dans le cerveau de Riley, lieu où cinq émotions travaillent conjointement au bonheur de la petite fille dans ce qu'on appelle le quartier général. La simple idée que des émotions contrôlent l'être humain dans ses choix et sa façon d'être est l'une des plus brillantes qui a plu être amenée par Pixar. Mais le studio ne s'est pas arrêté au stade de l'idée et a bâti tout un univers pour l'alimenter. Un monde plein de magie, de féerie et de concepts réfléchis.

Tout a été pensé, l'équipe du film a fait l'inventaire du cerveau humain d'une façon à la fois divertissante et astucieuse. Ainsi les créateurs se sont renseignés sur le cerveau humain pour comprendre son fonctionnement(en partie) afin de le reproduire dans leur film. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est terriblement réussi. L'univers mit en place est plein d'images et de métaphores. Pete Docter nous happe littéralement grâce à un rythme extrêmement soutenu et des découvertes toujours plus géniales. Le réalisateur a su décomplexifier l'organisation du cerveau pour nous proposer une version simple mais pas moins intelligente.

La tristesse pour soigner les maux, la colère pour le rire

Parmi toutes les trouvailles du film, on découvre notamment les souvenirs humains, mis en scène par des boules de couleur(chaque couleur représentant une émotion). Ces boules voyagent à travers l'encéphale et nourrissent le caractère de la petite Riley. La fillette possède ainsi plusieurs mondes représentant chacun un bout de sa personnalité, dans son cerveau. Il y a par exemple le monde du Hockey, de la famille, de la bêtise, etc... Doucement, Pete Docter complexifie son discours en ajoutant d'autres notions à ces souvenirs. Ainsi les boules peuvent contenir plusieurs couleurs, ce qui implique que le souvenir soit partagé par plusieurs émotions. La difficulté de quantifier les souvenirs, de les expliquer, ne se ressent pas dans « Vice Versa ». Peter Docter dit simplement qu'un souvenir peut-être à la fois rempli de joie mais aussi de tristesse. La construction du cerveau humain et l'épanouissement de l'être ne passe pas forcément par des souvenirs heureux comme le pense le personnage de Joie. Cette idée, « Vice Versa » y fait beaucoup référence en mettant en avant Tristesse à laquelle on a du mal à prendre parti au départ. Le film défend que les idées noires, la mélancolie, la tristesse, peut rendre heureux l'être humain et met l'accent sur un préjugé de la société d'aujourd'hui. Les personnes insociables, noires d'esprit, à tendance dépressive, peuvent être aussi heureuses que les autres, car ces sentiments peuvent provoquer le bonheur. C'est en isolant Joie et Tristesse que Pete Docter va permettre l'initiation de son spectateur et de Joie à cette idée. L'être humain a besoin de Tristesse.

A travers ce voyage, « Vice Versa » parcourt d'autres mécaniques de l'encéphale. Le film nous explique le traitement des souvenirs, les rêves(qui ne sont que du cinéma sous un filtre caméra spécial) ou encore la pensée. On rencontre ainsi de petits hommes dont le travail est de nettoyer la mémoire de l'organe. « Dans les présidents américains, on garde quoi ? Celui-là j'aime bien son nom, les autres on jette. ». Ce petit passage génial résume bien notre façon de construire notre mémoire. Notre cerveau sélectionne les mots ou idées qui nous touchent ou nous évoque quelque chose, et les conservent. Le reste on l'oubli. Les mêmes petits personnages qui aspirent les souvenirs, en envoient aussi au QG. Quand on a une musique dans la tête et que cela nous agace, ce sont eux les responsables. Ces petits clins d’œils humoristiques donnent beaucoup de charme au film.

7 milliards de joie, de peur, de colère, de dégout et de tristesse

Et de l'humour, « Vice Versa » en est chargé. Les rires sont notamment amenés par Colère et ses pétages de câbles monumentaux(notamment quand des souvenirs sont envoyés au QG). C'est le personnage le moins sérieux, le moins intelligent, mais le plus délirant, le plus rafraîchissant et ma petite préférence parmi ceux proposés. Autre aspect très drôle et assez inattendu, le fait que Pete Docter ne se soit pas limité au cerveau de Riley. Même si j'ai trouvé que le générique en faisait en peu trop sur ce point, il était très intéressant de voir les émotions dans le cerveau d'autres personnes que la petite fille. L'idée est là encore splendide et originale, et amène avec elle de sacrée scène.