La critique

24ème opus des aventures de notre espion britannique préféré, « Spectre », avec aux commandes toujours Sam Mendes, avait fort à faire après « Skyfall » qui avait unanimement été salué à sa sortie. Faisons donc le tour de ce nouveau-né des Bond, figure emblématique interprétée pour la quatrième fois à l'écran par Daniel Craig.

Nous avions laissé James impuissant face à la mort, impuissant face à Silva, torturé par un lourd passé, nous le retrouvons toujours meurtri mais de façon moindre. « Spectre » marque une rupture dans la saga Bond post Craig. Alors que « Skyfall » mettait en scène la chute de l'homme, l'invalidité de l'agent, « Spectre » fait renouer la suprématie de son personnage principal, l'invincible espion aux multiples visages et aux multiples facettes.

007 Spectre
007 Spectre

Mon nom est Bond, James Bond

Démanteler le Spectre, l'organisation de l'ombre, James Bond arrive-t-il au bout de sa quête qui a commencé dans « Casino Royale » avec Le Chiffre ? Nul doute que « Spectre » est un épisode qui s'inscrit dans la saga des James Bond post « Casino Royale ». Une saga longue désormais de quatre films. Quatre longs-métrages plus ou moins différents et qui tentent de former un tout dans une série légendaire composée de 24 films. Pour parler de « Spectre », je reviendrais par la suite sur les trois précédents films et plus particulièrement sur « Skyfall » et « Casino Royale ». Petit bond en arrière.

2006. « Casino Royale » sort sur les écrans avec son lot de nouveautés à la clé. Nouveau visage pour Bond (celui de Daniel Craig), nouveau chemin pour le personnage, la saga prend un virage inattendu pour un peu plus encrer son personnage dans la réalité et lui donner une portée dramatique inespérée. James Bond devient mortel, un homme élégant mais torturé par un passé encore inconnu. L'agent se rapproche de son spectateur, plus humain, moins divin, plus captivant. Daniel Craig redonne de l'intérêt à un personnage et à une saga qui s'essoufflent sous l'ère de Pierce Brosnan.

2008. Oui mais voilà, Marc Forster est passé par là. N'ayant que faire du travail réalisé sur « Casino Royale », celui à qui l'on doit le très pitoyable « World War Z » décide de presque repartir de zéro et de faire revivre la légende Bond. Au final, malgré quelques scènes spectaculaires (comme dans beaucoup d'épisodes de la saga) on ne retiendra rien de « Quantum of Solace ». Les personnages sont caricaturaux, le méchant est risible dans la peau d'un Mathieu Almaric peu inspiré, et la James Bond Girl n'apporte rien. Difficile pour Olga Kurylenko de faire oublier Eva Green et son personnage de Vesper Lynd si envoutant. « Quantum of Solace » est un échec critique et commercial (comparé à « Casino Royale »).

2012. Sam Mendes reprend le gouvernail et le bateau laissés à la dérive par Marc Forster. Fort d'une filmographie bien remplie, le réalisateur d'« American Beauty » entre autres, décide pour notre plus grand plaisir de revenir à ce que faisait « Casino Royal ». Un Bond fragile, hanté, marionnette d'un méchant parfait sous les traits d'un Javier Bardem divin. « Skyfall » devient le plus grand succès des James Bond au box-office. James y frôle la mort, y pratique la résurrection mais devient surtout un agent impuissant face à une réalité terroriste bien plus grande. Son passé surgit de façon très marquée et nous ramène dans son enfance. « Skyfall » incarne l'épisode qui déplaît aux fans des anciens films de la saga et qui ravit ceux qui sont un peu plus jeune comme moi.

2015. Oui je sais on doit maintenant parler de « Spectre ». J'y viens, ne soyez pas impatient. Sam Mendes reprend difficilement la barre de cet épisode et assure que c'est son dernier James Bond. Malgré un contrat sur lequel il reste deux films, Daniel Craig en fait globalement autant. Cette nouvelle collaboration donne lieu à « Spectre », épisode désireux de mélanger l'aspect dark d'un Bond toujours aussi faible et son aura d'homme invincible, de légende. La divinité de l'agent est donc de retour au premier plan dans le nouveau film de Sam Mendes. Après avoir fait mourir psychologiquement l'agent britannique dans « Skyfall », le réalisateur le fait renaître de ses cendres pour nous proposer un épisode hommage à l'ancienne gloire de la saga. Malheureusement ce parti s'avère dérangeant quand la comparaison inévitable avec « Skyfall » nous fait regretter ce dernier.

La pieuvre agrippe le phénix

Qui dit renaissance, dit retour des vieilleries de la saga. Vieilleries un peu enfouis depuis la prise du personnage par Daniel Craig. Courses poursuites tantôt improbables, tantôt ratées, avec un arsenal de véhicules recyclés au sein de la série James Bond (bateau, avion, Aston Martin), explosions outrancières, fusillades impossibles, « Spectre » nous gave de ce que l'on ne voyait plus dans les derniers James Bond. Un manque de réalisme criant, de la surenchère mal venue (écroulement d'immeubles, l'explosion présente dans le Guiness des records), pas ou peu de dommages collatéraux et des personnages en partie sous-traités. « Spectre » rompt donc avec ce qu'il y avait de meilleur dans « Skyfall » et dans « Casino Royale » : de la profondeur, notamment celle des personnages. Ce nouvel épisode devient superflu, un film qui s'apprécie et qui divertit, mais qui jamais ne parvient à atteindre ses deux divins prédécesseurs (si on oublie « Quantum of Solace »).

Tentons d'expliquer cela à travers les choix qui ont pu être faits pour ce dernier-né. A commencer par des personnages qui passionnent beaucoup moins. Si on met de côté Daniel Craig qui est toujours aussi parfait dans le costume de Bond, il y a pas mal à dire sur ce casting qui était quand même très alléchant sur le papier. Débutons par la chose qui a fâché tout le monde et moi-même : le grand méchant du film interprété par Christoph Waltz. Avec un acteur de cette trempe, on s'attendait à quelque chose du même acabit que le Raoul Silva de Bardem. Or il n'en est rien. Waltz est transparent malgré une toute première apparition sublime et marquante. L'acteur cabotine et rend son personnage difficile à craindre. Son jeu est presque humoristique et pas en accord avec l'aura qu'aurait dû dégager son personnage. Comme son jeu, son plan machiavélique tombe à l'eau rapidement. Un plan tellement banal dans le cinéma de ces dernières années que je me tairais pour vous laisser cette grande surprise.

Mais ce méchant n'est pas le seul problème dans la catégorie personnages. Quand on voit ce à quoi Monica Belluci a été réduit, on a tout de suite envie de cracher sur le film. En quatre minutes d'apparitions, notre belle italienne nous fait regretter le fait qu'elle ne soit pas la James Bond Girl du film. A la place, on a une Léa Seydoux magnifique mais pas aussi mystérieuse et envoutante. Le couple Bond/Swan est d'ailleurs peu fusionnel, il en aurait surement été autrement avec la belissime Monica. Pour autant la Française fait le travail et de façon admirable, mais quelque chose cloche dans sa présence. Trop douce et pas assez affirmé pour une James Bond girl sans doute.

Là où mes premiers points positifs vont faire leurs apparitions (rien n'est à jeter dans ce James Bond mais des choses auraient plus être évitées), c'est sur certains personnages secondaires comme Q ou le nouveau M qui prennent un peu plus d'importance. Le remplaçant de M, toujours sous le même nom, devient un véritable agent de terrain qui prend part à l'histoire comme dans « Skyfall ». De même pour le personnage de Q et son interprète Ben Whishaw.