La critique

Septième long-métrage du célèbre Terrence Malick, « Knight of Cups » sort dans un presque total anonymat en cette fin d'année 2015. Nouveau trip sensoriel, nouvelle voie vers la spiritualité, Terrence Malick continue et achemine son idée jusqu'au bout : celle d'un film sans narration.

Difficile d'étoffer un peu plus le synopsis de « Knight of Cups » qui n'est pas un film construit comme les autres. Pour en comprendre toutes (ou presque) les facettes, je m'appuierais sur les deux derniers films du réalisateur, à savoir « A la Merveille » et « The Tree of Life ».

Knight of Cups
Knight of Cups

La trilogie des émotions

Avec « The Tree of Life », Malick avait surpris son public et créé une énorme controverse. Trop prétentieux pour les uns, chef-d'oeuvre d'une pureté incomparable pour les autres, « The Tree of Life » avait quand même raflé la Palme d'Or au festival de Cannes. Le film présentait la vie d'une petite famille du Texas qui allait subir la perte d'un de ses trois garçons. A travers ce drame familial, Malick glissait discrètement la création du monde, le début de la vie, le temps des dinosaures, etc... Un élan religieux, visuellement magnifique, mais qui n'a pas été du goût de tout le monde. « The Tree of Life » marquera le début d'une nouvelle ère dans la filmographie de Terrence Malick, l'abandon d'une narration propre et le début d'une odyssée visuelle pleine de sens et de philosophie.

Après cette Palme d'Or obtenu en 2011, Terrence Malick revient en 2013 avec « A la Merveille », histoire d'amour impossible, parsemé d'obstacles et de souffrances. Avec Ben Affleck, Olga Kurylenko et Rachel McAdams au casting, Malick nous parle de la difficulté d'aimer et des sacrifices qui doivent être faits pour vivre le grand amour. Comme pour « The Tree of Life », Malick casse sa narration et fait beaucoup parler ses personnages en voix-off. Et comme pour « The Tree of Life », « A la Merveille » est très controversé même si ses défenseurs se font un peu moins entendre.

C'est dans cette continuité filmique que le réalisateur américain décide de réaliser « Knight of Cups ». Ce dernier film partage beaucoup de similitudes avec les deux films précédemment cités. Véritable quête de l'émotion par l'image, les trois films de Malick dégage chacun un sentiment différents. Si « The Tree of Life » parlait beaucoup d'amour à travers la famille qu'il mettait en scène, le concept qui en ressortait indéniablement était la vie. De la même manière, « A la Merveille » était lui un véritable hymne à l'amour. Pour « Knight of Cups », malgré la présence irréfutable d'amour et de vie, il ressort une profonde mélancolie mais surtout l'idée de la mort de l'être.

Les enfers sur terre

« Knight of Cups » est un chemin rectiligne bien tracé qui mène droit aux enfers. Impossible de s'échapper, impossible de fuir, les abysses nous attendent. Nous sommes aux côtés de Rick, l'archétype de l'homme sans espoir, sans but, et qui ne parvient pas à donner de sens à sa vie. Les déboires, l'alcool, la drogue, les tentations, le sexe, l'on fait quitter son chemin, celui du prince d’Égypte dans la quête de sa perle. Découper en chapitres nommés (Le jugement, la liberté, etc...), « Knight of Cups » devient un voyage spirituel tel un livre lu à haute voix par les différents protagonistes. Mais ce périple est ténébreux pour nous spectateur, parsemé d'incompréhensions, de questionnements et de lassitudes. Réfléchir et vouloir tout assimiler sur le sens de ce film serait une erreur. « Knight of Cups » est sensoriel et doit être vécu pour être pleinement apprécié.

Longues tragédies de 2h15, « Knight of Cups » traduit en français par le « chevalier des coupes », est une accumulation de voix qui résonnent dans nos têtes d'observateurs. Des paroles, des murmures qui nous posent sans arrêt des questions sur la vie, le pêcher, l'amour ou tout autre aspect religieux de l'existence. Avec cette particularité de mise en scène en voix-off, de pseudo narration, Malick provoque des sentiments à la fois mélancoliques mais aussi un espoir de pouvoir raccrocher les rails et redonner sens à notre vie (ou plutôt à celle de Rick même si on ne sait plus trop). Pour y parvenir Rick s'accroche aux femmes et à l'amour. Il vivra plusieurs relations différentes mais ne soignera jamais son mal intérieur. Son incapacité à aimer (sujet déjà beaucoup traité dans « A la Merveille ») le rempli de remords.

Dans ce rôle d'âme damnée, Malick s'attache les services de Christian Bale avec qui il a déjà collaboré sur « Le Nouveau Monde ». L'acteur campe particulièrement bien le personnage et joue un homme rongé par un mal profond et spectateur de ce monde de déboires dans lequel il cherche à se faire une place. Un monde construit a l'effigie de son créateur. Tantôt urbains tantôt ruraux, les paysages de « Knight of Cups » rappellent sans arrêt la filmographie du réalisateur originaire de l'Illinois. Cette nature omniprésente, cette façon de la filmer et de la contempler. On retrouve aussi ces cadres de plans si particuliers et toujours déstabilisants au départ. Ces choix artistiques ne sont pas anodins, Malick ne nous raconte rien mais nous fait vivre l'instant présent tout en posant des questions sur notre existence. Le film nous introduit directement dans le récit, car même si nous suivons Rick, le voyage que nous vivons dans « Knight of Cups » est très personnel.