La critique

Un an après son oscarisé et magnifique « Birdman » que je décrivais ici, Alejandro González Iñárritu revient sur le devant de la scène avec « The Revenant », voyage sanglant inspiré de faits réels. Nominé aux oscars une nouvelle fois pour son film, Iñárritu finit par remporter l'oscar du meilleur réalisateur mais pas celui de meilleur film (« Spotlight » et son sujet fort étant passés par là). Néanmoins, plus que cette statuette de meilleur metteur en scène, on retiendra de cette 88ème cérémonie, la victoire de Leonardo DiCaprio dans le rôle de Hugh Glass, à qui l'oscar échappait depuis bien longtemps.

Comme pour « Birdman » l'année dernière et d'autres avant lui, « The Revenant » est un film à oscars, le genre de film qui fait couler pas mal d'encre. Malgré des critiques assez positives, on remarque que le dernier long-métrage d'Iñárritu divise un peu. Nombreux sont ceux ayant quitté la salle avant la fin du film, alors que d'autres sont restés passionnés durant 2h36 assez lentes et peu bavardes. Néanmoins je ne m’inclurais dans aucune de ces deux catégories. Oui « The Revenant » est trop long pour ce qu'il a à raconter, mais il demeure un film à voir pour ses particularités. Des particularités dont je vais parler plus en détails maintenant.

The Revenant
The Revenant

Histoire de vengeance

Lorsque l'on ressort de « The Revenant » il y a deux choses qui nous viennent à l'esprit. S'être fait arnaquer par un scénario simpliste, mais avoir été scotché aux images magnifiques grâce à la mise en scène du film. Ceux qui parleront de chef-d'oeuvre pour « The Revevant » sont ceux qui ne se sont pas attardés sur l'histoire et du trop peu qu'elle raconte. Cette catégorie de personnes ont jugé que les prouesses techniques de « The Revenant » suffisent pour en faire un grand film. Et ces personnes ont en partie raison. « The Revenant » est un très bon film. Malheureusement il ne sera jamais hissé au rang de chef-d'oeuvre. La faute à son scénario très limité et à son manque d'émotions criant malgré des performances d'acteurs marquantes.

Si on voulait définir le genre cinématographique de « The Revenant » on parlerait d'un hybride entre le survival, le western et le drame. Sans dire qu'Iñárritu invente un nouveau genre, il faut avouer que son film est difficile à catégoriser. Son histoire est celle de Hugh Glass et sa vengeance sanglante envers celui qui l'a laissé pour mort. Un long voyage de survie dans une Amérique déserte et surtout glaciale. Rien de plus. Entre violences, cruauté et sauvagerie, Iñárritu glisse des croyances religieuses et des séquences oniriques pour boucher les trous d'un récit étendu sur 2h36 ! Son histoire est somme toute banale et aurait nécessité un raccourcissement d'au moins trente minutes pour que le spectateur n'éprouve pas l'ennui. Hors là avec sa durée barbare, Iñárritu donne envie de regarder sa montre. Et quand on voit enfin le bout de l'histoire pointé son nez, il n'y a pas ou peu de suspense. La boucle est bouclée, tout était globalement prévisible du début à la fin. On a l'impression d'avoir assisté à une histoire à l'apparence d'une ligne droite toute tracée et sans la moindre digression. Et ce malgré des moments de frissons bien présents.

Des artifices pour cacher le creux

Le film du réalisateur mexicain donne l'impression d'être lissé. Tout est calculé au millimètre, la caméra passe dans des endroits impossibles sans le moindre cut, tout semble chorégraphié. Le résultat est alors visuellement magnifique et impressionnant, mais d'un autre côté complètement dénué d'émotions et de tout aspect réel. Pourtant il semblerait qu'Iñárritu ait voulu faire un film ancré dans la réalité. Or il se dégage plus une fiction qu'autre chose. Cela est notamment dû à des plans-séquences toujours plus parfaits mais toujours plus artificiels. Les cut se font rare et les personnages sont souvent trop bien cadrés pour donner l'impression au spectateur qu'il est bien présent aux côtés de DiCaprio dans sa quête de rédemption.

Alors oui la mise en scène est magnifique, contemplative grâce notamment aux éclairages (tous naturels ce qui a considérablement rallongé le temps de tournage) et à la qualité de travail de son directeur de la photographie Emmanuel Lubezki. Elle est parfois immersive mais souvent trop élégante pour la crasse et la cruauté qu'elle montre. La façon de filmer n'est simplement pas adaptée au film à mon humble avis. Si on prend en exemple « Birdman », le plan-séquence mené de bout en bout avait un vrai sens. Celui de montrer un théâtre dans ses moindres recoins en passant des coulisses à la scène, de l'intérieur à l'extérieur, en suivant toujours un personnage et souvent de dos. Cela renforçait considérablement l'immersion du spectateur dans le film. Hors les plans-séquences dans « The Revenant » ne donne pas cette impression de servir le film. Ils sont parfois intelligents et ingénieux (l'attaque des Indiens et leur flèches qui arrivent de partout sans que la caméra ne nous montre d'où vient la menace est une vraie réussite) mais souvent futiles et vaniteux malgré leurs beautés certaines.

Certains restes fascinés par ces prises de vue, cette caméra constamment en mouvement et rarement posée. Je le suis tout autant quand l'idée vient servir le scénario. Dans les critiques, on entend même parler d'une mise en scène à la Terrence Malick pour la façon de capter la nature en contreplongée évoquant sa grandeur et sa majesté. Oui, seulement à par les arbres des forêts pris avec ce fameux angle, Iñárritu tourne principalement en plan large quand Malick s'approche au plus près. Le réalisateur américain fait une part complète à la nature dans ces histoires (cf « The Tree of Life »). A aucun moment Iñárritu ne fait de même. Il évoque la nature mais ce qui l'intéresse vraiment, c'est son personnage et son évolution. Et puis comparer Terrence Malick et Iñárritu est quand même difficile quand l'un des deux provoque constamment l'émotion devant ses images contemplatives et le côté poétique et rassurant de ses oeuvres, quand l'autre met en scène la brutalité, la sauvagerie, la boue et le froid.

Là où la comparaison peut-être intéressante entre la filmographie de Malick et ce dernier film d'Iñárritu, c'est dans leur capacité à faire parler leurs images. Sur ce point, Malick reste dans un registre plus extrême notamment sur ces derniers films (« Knight of Cups ») mais Iñárritu en prend le chemin avec « The Revenant ». Le film contient surement moins de dialogues que de cris de douleur ce qui renforce son côté très contemplatif et visuel.

La folie DiCaprio plus forte que The Revenant

Ce n'est donc pas en balançant des tirades ou des monologues que Leonardo DiCaprio a finalement remporté son oscar. Non c'est en tournant à des -20°C dans des conditions extrêmes et en mangeant de la viande fraîche que l'acteur gagne sa statuette. Sa prestation est remarquable même si son personnage, survivant brutal en quête de vengeance, aura du mal à attiser l'empathie jusqu'au bout. Mais Leo fait le job et de façon admirable. Dans ce monde égoïste et violent d'Iñárritu on retrouve aussi les très bons Tom Hardy et Domhnall Gleeson. Et comble du comble, Will Poulter a été convaincant pour la première fois pour moi.