La critique

Un pas de plus dans l'année cinéma de 2016 avec un film très attendu, le nouveau Jeff Nichols. Précédé d'une excellente réputation forgée par ses « Take Shelter » et « Mud », le réalisateur américain revient avec deux films cette année dont celui dont nous allons parler maintenant : « Midnight Special ».

Comment expliquer cette attente autour du nouveau Jeff Nichols quatre ans après son très bon « Mud ». Déjà parce que l'américain s'attaque à la science-fiction en s’appropriant le genre pour y injecter ses sujets propres. Et le sujet favori de Nichols, c'est la famille et en particulier les difficultés d'être père. Autre élément de réponse concernant l'attente suscitée par le film, les bandes-annonces qui mettaient beaucoup en appétit. Beaucoup de promesses ont été faites avec ces différents trailers ce qui a renforcé l'envie d'aller découvrir le film en salle. Même si personnellement la peur que cette promotion en dise trop sur le film m'a longtemps traversé. Mais parlons maintenant de « Midnight Special » et de ses particularités, chose pour laquelle vous êtes arrivés jusqu'ici.

Midnight Special
Midnight Special

Un mystère préservé

D'abord sachez que je me suis complètement troué concernant les bandes-annonces. Elles ne révèlent absolument rien du film et c'est rare pour le souligner. C'est d'ailleurs le gros point fort du film (commençons fort nous aussi), sa volonté à toujours rester dans le mystère. « Midnight Special » nous embarque dans le road trip d'un père et son fils à travers la campagne américaine, sans nous dire ce qui se passe réellement. Qui leur veut du mal ? Pourquoi, quels sont les vrais pouvoirs d'Alton ? D'où viennent-ils ? Toutes ces questions ne trouvent pas forcément leurs réponses, ou alors tard dans le récit, ce qui a pour conséquence d'à la fois nous frustrer mais aussi de nous tenir accroché au film. On soupçonne des choses, les personnages eux-même en savent plus que nous et avancent vers leur destiné.

Les peurs d'un père

Comme son nom l'arbore fièrement, le film de Nichols est un objet spécial. Une œuvre située entre le road movie, la science-fiction et le thriller. Une œuvre n'appartenant qu'à son créateur toujours hanté par la relation père-enfant qui est omniprésente dans sa filmographie. Comme il l'a dit en interview, Nichols s'inspire de sa vie pour son « Midnight Special ». Ses peurs pour son fils, la difficulté à être parent, à façonner l'avenir de ses enfants, sont des sujets qui l'inspire beaucoup et que l'on retrouve dans ses trois derniers films (en intégrant « Midnight Special »). « Mud » et son personnage éponyme en sont le parfait exemple mais plus encore le Curtis Laforche de « Take Shelter ». Le lien entre ce dernier et « Midnight Special » est d'ailleurs très fort autant du côté purement fictif que du côté personnel du réalisateur. Nichols parlait avec « Take Shelter » de sa peur d'être bientôt papa. Aujourd'hui, il met de côté cette peur pour parler d'une autre. Les deux films sont étrangement liés, ils mêlent tous les deux le surnaturel et le réel même si les proportions sont différentes (la science-fiction pour « Midnight Special » et le fantastique pour « Take Shelter »). Ils mettent aussi en scène l'enfant différent de la normalité instaurée par la société. Les pouvoirs surnaturels d'Alton dans « Midnight Special » et la déficience auditive d'Hannah dans « Take Shelter ». Tous deux décrivent l'amour d'un père pour son enfant, son besoin de le protéger et ses impasses et ses peurs face à son devoir. « Midnight Special » est une suite logique au travail de Nichols sur ses autres films.

Il est aussi un objet peu commun dans le genre de la SF. Les scènes purement de science-fiction sont en rupture avec le reste du film, notamment avec ce départ canon dans la Chevrolet des années 70 phares éteints dans la nuit noire. D'ailleurs la SF est assez paradoxale dans le film de Nichols. Elle est à la fois prévisible car les bande-annonces là mettait en avant et que l'on sait qu'il se passe des choses surnaturelles devant nos yeux. Mais elle est aussi imprévisible dans le récit. Les pouvoirs d'Alton se montrent à l'écran lorsqu'on ne les attend pas. Cet aspect renforce notamment la tension. Les capacités d'Alton sont menaçantes pour le spectateur et la bande-son renforce complètement cet aspect, mais elles paraissent aussi menaçantes pour sa famille et ceux qui le protège. Autre chose importante, c'est que cette science-fiction sait se rendre originale alors que le genre est déjà très riche. Visuellement, « Midnight Special » s'affranchit et propose des choses rarement vues sur grand écran notamment à sa toute fin . Les critiques citent ainsi beaucoup Spielberg ou Carpenter dans les références de Nichols mais ils oublient de dire que le réalisateur nourrit ces références avec sa propre vision, pour proposer quelque chose de différent et de très original.

Façon 80's

Jeff Nichols parvient donc à nous passionner et à nous agripper notamment grâce à son mystère constamment entretenu. Mais pas que. Il faut souligner le travail de composition du réalisateur. Chaque cadre est recherché, bien posé, lisible, d'une beauté visuelle certaine. La photographie est simplement à tomber et les couleurs sont divines, sombres et oscillantes souvent vers une teinte bleue magnifique. Nichols nous propose un film qui aurait plus avoir sa place dans les années 80 (avec la qualité des effets spéciaux en moins). C'est un hommage au cinéma de SF, mais pas un hommage nostalgique. La BO est quant à elle simplement parfaite, intimiste, chargé d'émotions et venue elle aussi de la grande époque du cinéma de SF. Une tendance pour des sons électroniques, synthé mais aussi pour de belles mélodies. On retiendra le Main Theme entendu dans les bandes-annonces mais aussi les morceaux accompagnant le final que je garderais secrets pour ne pas vous spoiler.